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Le bois brûlé

By 6 septembre 2020 Retex matos

Le bois brûlé est une technique de protection naturelle du bois.
Le bois devient plus résistant, il est protégé efficacement contre le feu, résiste aux attaques des insectes, et est imputrescible.

bois brûlé

Le bois brûlé, ou yakisugi, est issu d’une technique de protection naturelle du bois d’origine japonaise, aussi appelée shou sugi ban. Elle consiste à brûler profondément la surface d’une planche pour obtenir une couche de carbone superficielle. Le bois ainsi traité devient résistant et ne demande plus d’entretien.

J’avais parlé de ce procédé sur ma page Facebook, car je le trouvais intéressant. Depuis, j’ai eu l’occasion de le tester sur une barrière en bois.
J’avais cette barrière en bois datant de mon grand-père, peinte plusieurs fois et qui de nouveau s’écaillait, elle commençait en plus à se dégrader par endroit le bois étant mangé par l’humidité et abîmé par le froid. J’ai estimé que je n’avais plus rien à perdre avec elle et que cela serait un bon départ pour tester cette technique.

Dans le temps, les utilisateurs de cette technique brûlaient les planches une à une en y mettant le feu sur des lits de braises. Autant vous dire que c’était du boulot et de la maîtrise.

En premier lieu, au Japon c’est le cèdre qui était utilisé, Sugi d’où le nom. La technique originelle consiste à lier ensemble trois planches en triangle que l’on place debout et dans lequel on insère du feu, puis on éteint la combustion en vidant un seau d’eau.


Pour mon chantier, c’était plus simple, premièrement ma barrière était déjà construite et en place et je me suis contenté d’utiliser un désherbeur thermique pour brûler le bois.

désherbeur thermique

Un modèle directement sur bonbonne à gaz aurait était sans doute plus économique et avec un bec plus large cela aurait été encore plus vite, néanmoins même avec mon petit désherbeur, je m’en suis bien sorti. J’ai dû utiliser environ 7 cartouches et encore c’est parce que j’ai dû aussi décaper la peinture d’avant en plus. En cherchant un peu sur le net, on trouve des cartouches à moins de 2 euros. J’ai eu les miennes à 2 euros dans le quartier asiatique de Paris, ils s’en servent pour des réchauds portables pour les restaurants. Tout cela pour vous dire que le non seulement la technique est intéressante, mais en plus elle est beaucoup plus économique.
En traditionnel, il m’aurait fallu de la sous couche ou un apprêt, de la peinture sur 2 couches ou alors un vernis. Toutes ces techniques ne durent pas éternellement la preuve avec ma barrière peinte au moins 3 fois.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le but premier du bois brûlé était de protéger les maisons … des incendies. Construites en bois, le risque de propagation du feu d’une maison à une autre dans un village était trop important et aurait causé des ravages. Ainsi brûlée, la propagation du feu était énormément ralentie. Un véritable retardateur de flamme naturel.

Je me souviens enfant que je durcissais les pointes de mes lances en les passant dans le feu pour les durcir, technique déjà en vigueur à la préhistoire. C’est la même chose!
Au Moyen-âge,  on brûlait le bas des piquets en bois avant de les enfoncer en terre lors de la conception de clôture. Au Canada, cette technique est très répandue, les Canadiens parlent de torréfier le bois. On voit même de temps en temps des maisons en bardage de bois brûlé, preuve que l’on connaissait ce principe même ici, la dernière maison que j’ai vue comme cela était dans le quartier de la petite France à Strasbourg.

bois brûlé

Pour revenir à ma barrière, j’ai adoré cette technique. Si je mets tout bout à bout, elle m’a fait gagner du temps et de l’argent :

  • Ma barrière étant encore avec une vieille peinture, j’ai pu la décaper avec le feu. J’avais commencé bêtement avec un pistolet thermique, quand je me suis dit, mais au fait, ça va le faire avec mon désherbeur !!!
    J’ai trouvé que la peinture s’enlevait plus vite et plus facilement et on y arrive sans forcément brûler le bois, technique à retenir…
  • Que ce soit pour décaper ou pour brûler le bois, j’ai gagné du temps dans les finitions. Une barrière, c’est plein de faces cachées, de petites surfaces, c’est très ingrat comme travail. Au lieu de décaper ou de peindre sans oublier les recoins, le feu, lui, lèche et épouse les formes. Pas d’oublis!
  • Le coût est inférieur à une solution de mise en peinture. Seul le désherbeur augmente la note, mais j’en avais déjà un et de toute manière, je compte bien continuer cette méthode et un désherbeur c’est increvable. Fin du débat.
  • Le bois brûlé permet de lutter contre des nuisibles tel que les insectes xylophages qui ne peuvent plus se nourrir de la cellulose et de la lignine du bois puisqu’ils ont été transformés en carbone, élément non comestible pour ces insectes.
  • Idem pour les champignons, ils n’aiment pas le bois carbonisé.
  • La couche superficielle de carbone protège naturellement des rayons UV du soleil, principale source d’altération du bois en extérieur.
  • Même si l’on brûle du bois, d’un point de vue écologique, le procédé est indiscutablement moins impactant que la fabrication et l’utilisation de peinture ou de vernis et plus durable.
  • Le bois est stabilisé pendant plus de 80 ans.

Mise en oeuvre

Pour réaliser du bois brûlé, il faut chauffer le bois pour que la carbonisation atteigne à 3-5 millimètres d’épaisseur. C’est assez intuitif avec le chalumeau, au pire si on ne le fait pas assez, on peut revenir dessus, c’est tout l’avantage de la méthode.

Une fois brûlée, on arrose d’eau la surface pour stopper la carbonisation.
Concrètement, pour ma barrière, je brûlais tout et après je faisais une petite aspersion d’eau. Cela enlève un peu de la suie et élimine le risque d’un feu qui couve. J’avais des parties déjà un peu attaquées en matière, bien fragile, pour celles-là, je le faisais rapidement dans la foulée. Quand j’avais estimé la barrière finie, je l’ai même passée rapidement au Karcher, histoire d’enlever rapidement, sans effort la suie. Il me reste juste les ferronneries à faire par rapport aux photos.

On peut par la suite éliminer le surplus de suie à l’aide d’une brosse en fer. Cela a l’avantage aussi de rendre plus rapidement le bois touchable. Si je ne l’avais pas fait pour ma barrière, on aurait pu se mettre du noir sur les mains pendant un certain temps.
Cela permet aussi de jouer sur l’état de surface et obtenir des nuances de couleurs. Ce n’est pas une finition chronophage, j’ai fait cela assez rapidement et de façon grossière.

bois brûlé

Pour finir, et c’est facultatif, j’ai badigeonné le bois avec une couche d’huile de lin. On reste dans les produits naturels et sans impact. Cela permet de rajouter encore une protection surtout au niveau du toucher, je ne voulais pas avoir de noir par contact.

Pour résumer, on brûle, on arrose, on frotte, c’est prêt 🙂

Le côté noir peut rebuter certains, même moi je n’étais pas sûr de mon coup! Mais pour tout dire, je mettais dit qu’au pire même une fois carbonisé, j’aurais pu repeindre le bois. À mon avis, le brûlage opère comme une sous-couche. En tout cas il n’en est rien … je vais laisser le bois brûlé, j’ai adoré la teinte, j’ai aimé la technique et le noir est bougrement chic. J’ai même été étonné, car l’opération a duré plusieurs jours et tous les gens qui passaient trouvaient très cool le rendu.
Mon seul doute est de continuer pour la porte de la grange, les volets … mais je crois bien que tout va y passer 🙂

Les effets vont varier selon le type de bois, son veinage et l’insistance du brûlage et frottage (ou non), c’est vraiment une technique excellente et vivante.

bois brûlé
bois brûlé
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Voici une galerie de réalisations pour vous donner envie …